Journée d’étude à l’Inalco : apprendre le vocabulaire

Il y a peu, s’est déroulé une journée d’étude inhérente à l’apprentissage du vocabulaire en classe de langue. Ce temps de réflexion s’est déroulé à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (Inalco). Les questions clefs de ce colloque ciblaient les points critiques de l’enseignement du vocabulaire, notamment autour de la compréhension, du contexte, et des difficultés à apprendre (l’oubli).

Le vocabulaire : une aide à la compréhension…

Les recherches exposées par Norbert Schmitt, professeur en linguistique appliquée, ont permis de mesurer précisément le nombre de mots nécessaire à la compréhension dans le cas de la langue anglaise (Schmitt, 2011). Il avait notamment établi qu’il faut connaître 98% du vocabulaire d’un texte écrit pour le comprendre correctement. Pour l’oral, ses nouvelles recherches montrent un taux similaire : au deçà du seuil des 95% de connaissance des mots, comprendre un texte devient une réelle difficulté.

Dire les mots…

Nous avons par ailleurs eu un aperçu de l’importance de la sonorisation, d’oraliser les mots pour les apprendre, de les décortiquer, les articuler, de jouer avec eux… “Prendre la parole”, “entendre sa propre voix”, permet de prendre confiance, de commencer une réelle relation dans une langue étrangère, et s’est ainsi que le vocabulaire est assimilé. Nous retiendrons cette phrase de Georges Kostakiotis: “Il faut dire pour apprendre et non apprendre pour dire”.

Manipuler les mots…

De nombreuses interventions ont porté sur les fonctionnements de la langue, de la décomposition de celle-ci, ses régularités… Autant de points primordiaux pour pouvoir parler une langue. L’apprentissage ludique permet de manipuler ces éléments :

Jouer avec les mots, comprendre leur fonctionnement, c’est avant tout permettre des “schémas” qui aident la consolidation en mémoire (renforcer la mémorisation) et la restitution dans un contexte donné. En apprenant du vocabulaire, vous intégrez de nouveaux mots dans votre réseau sémantique (l’ensemble de tous les mots connus). Ce réseau sémantique s’active en expansion : en activant un mot, vous activez les mots qui lui sont proches (sémantique, morphologie…).

Finalement, pour apprendre du vocabulaire, il faut aussi décomposer, jouer et associer les mots. En créant vos propres listes de mots sur Henoïda, vous constituez vos propres représentations et favorisez la récupération des mots en mémoire !

Développer la motivation…

Le laboratoire CHArt, représenté par Fabien Fenouillet, et Henoïda ont présenté comment les résultats de psychologie cognitive dans le domaine de la mémoire et de la motivation peuvent être appliqués pour renforcer l’enseignement du vocabulaire. L’utilisation des jeux par exemple, en classe ou sur une application numérique, correspond à un état de flow, expérience autotélique de bien-être, procurée par la tâche en elle-même. La psychologie cognitive permet de comprendre comment déclencher cet état. Elle permet aussi de mesurer à quel point l’état de flow peut augmenter les capacités de mémorisation et créer de nouvelles formes de motivations dans son apprentissage…

Combien de mots peut-on mémoriser lors d’une séance d’apprentissage ?

D’une manière générale, nous ne pourrions manipuler et retenir que 7 informations à la fois (Miller, 1956) : est-ce le cas ?

En réalité, de nombreuses études ont démontré que nous pouvons regrouper ces informations, afin d’en faire des “blocs” cohérents, appelés “chunks”. Par exemple, vous n’apprenez pas le prénom et le nom d’une personne : vous associez ces deux mots en un seul “chunk” mémorisé !

Ainsi, nous pouvons manipuler et retenir une quantité plus grande d’informations, en regroupant celles-ci en chunks. A partir de ce constat, il est possible de favoriser un meilleur apprentissage en liant les mots entre eux et en les rassemblant en groupes. Connaître un groupe de mots c’est connaître plusieurs mots, cela permet d’apprendre une quantité plus importante de vocabulaire sans faire obstacle à la mémorisation.

Et Henoïda dans tout ça ?

Henoïda s’efforce de faciliter l’apprentissage et aide à la mémorisation du vocabulaire. Cela suffit-il pour comprendre un texte, si le sens du mot et le contexte dans lequel il s’intègre est méconnu de l’apprenant ? Les experts dans le domaine ont mis en exergue l’importance du contexte dans lequel s’inscrit le mot et, naturellement, du sens associé à ce contexte. Au cours de votre mémorisation sur Henoïda, un contexte sous forme de phrase à trou vous est déjà proposé. Mais qu’en est-il de la compréhension de textes ?

Afin de permettre une connaissance optimale du vocabulaire d’un texte et donc de sa compréhension, nous développons de nouvelles fonctionnalités. Notamment, vous pourrez bientôt insérer un texte dans l’application et sélectionner dans celui-ci les mots non connus pour lesquels vous pourrez choisir parmi plusieurs définitions celle qui correspond le plus au contexte. Ainsi, au delà de la mémorisation, Henoïda aide à la compréhension et vous accompagne dans la construction d’un contexte autour de vos listes de mots.

Henoïda a eu l’honneur de participer à cette journée afin de s’enrichir auprès des experts en langues. Nous avons eu le plaisir de présenter notre solution, en collaboration avec le laboratoire CHArt, et de participer activement aux échanges qui ont eu lieu.

Henoïda remercie les organisateurs, l’Inalco, ainsi que tous les intervenants ayant pris part à cette journée enrichissante !

Pour aller plus loin :

  • Linhares A, Chada DM, Aranha CN (2011). The Emergence of Miller’s Magic Number on a Sparse Distributed Memory. PLoS ONE 6(1)
  • Schmitt, N., Jiang, X., and Grabe, W. (2011). The percentage of words known in a text and reading comprehension. Modern Language Journal 95, 1: 26-43.
  • Van Zeeland, H and Schmitt, N. (2013). Lexical coverage in L1 and L2 listening comprehension: The same or different from reading comprehension? Applied Linguistics, 34, 457-79.